Sacré bordel.

13 décembre 2011

Le parfum de sa peur

Publié par loila dans Non classé

Elle jetait des coups d’œil furtifs, à la dérobée. Il ne fallait pas qu’on devine son regard à l’affût, ses mains moites au fond de ses poches et ses genoux qui s’entrechoquaient à travers son jean.

Il ne fallait pas qu’on voit qu’elle le cherchait. Il ne fallait pas qu’il la voit le chercher.

Alors elle passait et repassait, l’air ailleurs, un regard indifférent s’attardant sur chaque visage de la sombre foule arpentant la gare bondée. La démarche nonchalante, la bandoulière qui scie l’épaule, et un sourire figé, au cas où il la verrait avant elle.

Elle le cherchait en se disant qu’il ne serait pas là. N’était-ce pas bien plus simple ? En tous les cas, elle avait moins peur ainsi.

Et elle continuait son chemin. Elle revint sur le quai, au cas où il l’aurait attendue au bord du train. Le petit bistro de la gare, le hall, elle décida de l’attendre à la sortie. Une cigarette pour donner le premier rôle à sa nonchalance dans une énième histoire d’attente.

Elle se retourna pour voir les trains au départ, et se demanda combien de temps il était opportun d’attendre avant de se permettre de repartir.

C’est tout ce qu’elle espérait, finalement. Que ce putain de temps défile à toute vitesse et qu’il ne soit pas là. D’aller se cacher au fond d’un wagon et que cette peur disparaisse. Que ses mains reviennent à une température convenable, que son visage retrouve ses couleurs, que son ventre se démêle de cet abominable nœud douloureux.

Une autre cigarette. Ces bouffées pour faire passer plus vite l’attente. Elles les avalait comme du petit lait, brûlant des mèches de cheveux en enclenchant son briquet, ses mains tremblantes. Le froid de novembre était déjà installé et son nez gelé rougeaud. Triste clown égaré. La nuit tombait déjà, et son cœur battait à tout rompre. Repartir, vite.

 

On n’y voyait rien, par là. A part quelques âmes s’enlaçant et se retrouvant, se jetant dans un taxi aux lumières criardes, ou quelques enfants courant sur le parking avant d’être violemment pris par le bras par quelques parents agacés. Le ciel nuageux ne laissait voir aucune étoile et les lampadaires faisaient apparaître leur lumière blafarde, projetant d’étranges ombres sur les bancs vides.

 

Il était trop tard. Elle était vue. Il l’avait vue. Sa silhouette s’approchait, mal à l’aise, les mains au fond de son blouson. Et la voilà bloquée. Que faire ? Se jeter dans les bras d’un homme après une si longue absence ? Lui sourire ? S’approcher lentement ?

Elle baissa les yeux. Alluma une énième cigarette, et fouilla au fond de son sac à dos. Faire comme si elle ne l’avait pas vu. C’était tellement plus simple ! il viendrait au contact. Elle n’aurait qu’à adapter son comportement au sien, et ne prendrai pas d’initiative qu’elle risquerait de regretter plus tard.

Le sentant près d’elle, elle releva doucement la tête, et sourit. Naturellement. Elle avait oublié son visage. Elle prit le temps de le redécouvrir avant de prononcer quelques mots inappropriés. Ses joues creusées, un peu plus. Sa barbe naissante, ce regard plein d’émotions qui l’avait tellement de fois faite s’envoler, tellement de fois faite chavirer.

Il souriait, aussi.

Cette gêne tellement connue, reconnue et expérimentée tout au long de la vie de deux êtres qui se retrouvent après tant d’absence. Est-ce que je lui plais encore ? Suis-je jolie ce soir ? Va t-il m’avouer que tout est fini ? Dois-je l’embrasser ?

Qu’est-ce que je fais ici ?

Une Réponse à “Le parfum de sa peur”

  1. Justin dit :

    Je prends enfin un peu de temps pour lire tes textes, celui ci est vraiment très riche et très beau.

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