Sacré bordel.

4 avril 2013

(ré)apprendre

Publié par loila dans Non classé

-Apprendre-

Étudier, acquérir une connaissance. S’accoutumer, s’habituer.

-Re-

De nouveau, encore, une autre fois.

 

Réapprendre

S’habituer de nouveau.

Reconstruire sur des détritus, une cabane, cahin caha, trois pierres pour une impression d’habitat, de vie. Signaler qu’il y a quelqu’un.

Ne serait-ce qu’un plateau de bois, dessiner une porte pour signaler «ne pas déranger» sur un champ de ruines.

Faudrait-il plutôt tout déconstruire, exploser les fondations, brûler toutes les bactéries et élever de nouveaux bâtiments sur du plat, du propre, du neuf?

Peu importe si la cave regorge de moisissures. On y verra que du feu.

5 septembre 2012

Verber.

Publié par loila dans Non classé

Penser.

Marcher.

Se souvenir.

Boire.

Rire.

Grignoter.

Chialer.

Rêver.

Paraître.

Vomir.

Imaginer.

Dormir.

Toucher.

Raconter.

Fumer.

Abîmer.

Tomber.

Sourire.

Baiser.

Écrire.

Jeter.

2 septembre 2012

Soir de fièvre

Publié par loila dans Non classé

« I’m walkin’ down that long, lonesome road, babe
Where I’m bound, I can’t tell
But goodbye’s too good a word, gal
So I’ll just say fare thee well
I ain’t sayin’ you treated me unkind
You could have done better but I don’t mind
You just kinda wasted my precious time
But don’t think twice, it’s all right
« 

Bob Dylan.

Les nuages ne semblaient faire qu’un avec l’océan qui frappait violemment les falaises. Serrés, grisâtres, étouffants, aucun morceau de ciel bleu ne ne semblaient pouvoir transpercer ce toit opaque.

J’avançais contre le vent. Contre mon gré, mes bottines s’enfonçant dans le sable humide. La pluie -cette pluie marine, salée, qui vous colle à la peau et vous poisse les lèvres – me caressait le visage tandis que j’essayais vainement de remonter mon k-way au dessus de mes oreilles. Je marchais les épaules courbées sous le poids du ciel, ne voyant que l’horizon. Lointain.

Elle devait encore dormir, entrelacée avec les draps, et ne s’était certainement même pas rendue compte de mon absence. Petite belette. Mes sens étaient aux aguets. L’odeur du sel, des algues, le goût du sable sur ma bouche collante. Le vent sifflait, agressif, à mes oreilles. Le poids de mon sac de toile, humide, augmentait, me sciant les épaules.

J’entends sans cesse sa voix entre les hurlements du vent « Marin ». J’enfonce profondément les doigts dans mes oreilles, je ferme les yeux contre le sable, m’enfouis le nez dans mon écharpe, continuant de marcher, tentant de priver mes sens de toute confrontation avec la réalité pour ne pas faire demi tour.

« Marin ». Étonnant surnom pour quelqu’un qui n’a jamais eu le courage de prendre la mer. Quelques escapades avec mon grand-père sur un radeau de fortune, il y a bien trente ans de cela. Mais je n’ai jamais navigué. Je ressemble à son imaginaire de voyageurs de l’océan, alors que je n’ai de ma vie qu’apprivoisé les rivages. Un tignasse de plus en plus grisonnante, une boucle d’oreille de jeunesse à l’oreille, et me voilà son commandant de bord. Je crois que je n’ai plus de prénom.

Je me suis abrité dans une petite cavité à quelques mètres au dessus du rivage, dans les falaises, où l’écume m’éclaboussait doucement le visage. Par beau temps, quand je peux distinguer les rochers, aujourd’hui recouverts par le houle enragée, au dessous de mes pieds, j’y grimpe pieds nus, fumer mon tabac brun dans le longues cigarettes ; retrouver le plaisir de la fumée en solitaire, celle que l’on avale en prenant le temps de peser le silence, de l’écouter attentivement. J’ai serré les genoux contre ma poitrine, pensé à un de ces voyages, de ceux que j’aurai voulu faire, et qu’aujourd’hui, à l’aube de mes quarante ans, je ne voyais qu’en utopie passagère. Quelque chose s’était détruit. Cette foi qui rendait mes utopies réalisables, au moins dans mes rêves.

« Tu ne veux pas l’emmener » susurrent mes pensées ingrates. Et si seulement ? Une autre vie, encore une, pour tout reconstruire, donner un coup de pied dans mon château de cartes et recommencer à bâtir les fondations. Dormir sur les routes, rencontrer des vieillards amochés et de jeunes anarchistes, des donneuses de joie, de grosses femmes prudes. Me saouler dans une de ces auberges, écouter un accordéoniste, le suivre un peu, le laisser ensuite. Faire rire des mômes, voir pleurer des tyrans, regoûter à la jouissance de quelques jours de jeûne, ne plus m’inquiéter pour elle. Brûler des prisons, saccager des drapeaux, chanter. Ne plus prendre soin d’elle. Errer dans des lieux inconnus, sanas conscience de l’heure ni du jour, sans carte ni compagnon de voyage. Faire jouir une inconnue contre le mur d’une chambre d’hôtel miteuse, sa jupe relevée, ses jambes autour de ma taille, ses mains dans mes cheveux, ma tête enfoncée dans la poitrine.

L’orage vient ; le tonnerre sonne de plus en plus près d’ici. Il va la réveiller, le salaud. Elle est sûrement terrorisée. Elle a si peur de la tempête. Tout comme elle a peur du noir. Quand les lumières s’éteignent, elle me trouve où que je sois, blottit son corps frêle contre le mien et j’entends son cœur battre la chamade. Alors je la porte, toujours serrée contre moi, dans notre modeste couche commune. Souvent, je m’allonge sur elle, et je lui fais l’amour lentement. Elle ne s’endort pas seule. Comme une enfant, qu’elle est encore tellement du haut de ses vingts années, je lui caresse les cheveux jusqu’à ce que de légers ronflements l’agitent. J’ai pris l’habitude de l’embrasser sur la joue à ce moment là. Si elle n’est pas vraiment emportée par le sommeil, ses yeux me lancent des éclairs, elle croit que je ne l’aime plus, et je dois l’embrasser de toute mon âme pour lui prouver le contraire.

Elle a tant de choses à vivre. Mais c’est se chercher des excuses. Je ne partirai pas par bon cœur, par pitié pour son âme amoureuse ; je partirai pour moi, pour embrasser les envies de fuite qui m’agitent si violemment, la plupart des nuits, tellement loin d’elle.

Je suis trempé. En séchant mes yeux, je descend prudemment de mon refuge. Il est encore tôt. J’ai décidé de suivre la côte sauvage, et j’ai marché de longues heures durant, pensant à la route qui m’attendrait pour partir d’ici. Fuir cet endroit vide, tellement plein de souvenirs qu’il ressemble à une carte postale jaunie, de celles qu’on garde des années et qu’on trimbale dans les déménagements, jusqu’à ce qu’on ait un beau jour l’immense courage de s’en débarrasser. Le lendemain, elle sera oubliée.

J’ai jeté un coup d’œil là-haut, tellement loin, où je crois apercevoir notre cabane (parce qu’il nous plaisait tellement de l’appeler comme ça.) J’ai pressée le pas. Effrayé qu’elle se réveille, qu’elle me rattrape, qu’elle me hurle une passion mutine que je ne peux plus porter en moi. Sa main sur ma nuque me brûlerait. Ses caresses me donneraient le vertige.

Cela faisait des années que je n’avais pas levé le pouce pour prendre la route. J’ai partagé le camion de jeunes routards pour quelques dizaines de kilomètres. On a mangé un morceau. Partagé une bouteille de vin bon marché, un aigre fromage de brebis. C’était délicieux.

Leurs yeux brillaient du virus du voyage, de l’imprévu. Je m’entretins particulièrement avec l’un d’entre eux, jeune et beau garçon aux longs cheveux blonds tressées, aux yeux d’un bleu profond, à la barbe de baroudeur. J’ai d’abord cru qu’il boirait mes paroles, assoiffé de vécu, partageant le même goulot qu’un homme à la peau tannée par les années et le vent du large. Mon paternalisme (que j’use avec elle aussi parfois, je crois) s’est vite fait la malle ; ils s’en foutaient. Ce sont eux qui avaient des choses à m’apprendre. Le jeune garçon me regardait tellement intensément que j’ai crains un moment d’apercevoir dans ses yeux de la méfiance, ou pire, de la pitié. Je n’avais pas croisé d’inconnus depuis tellement longtemps. Je crois que c’était juste de la sympathie.

Il était séduisant. Jeune. Il me faisait rire.

Il lui aurait certainement beaucoup plu.

Nous avons encore partagé une liqueur qui m’a retourné l’estomac. Je sentais le remous des vagues jusque dans mes tripes. Je tanguais sur le pont de mon existence. Je la voyais là, devant moi, s’asseoir à notre table de chêne – celle que j’avais fabriqué dans l’atelier de ma mère, lorsque j’étais adolescent- pour le petit déjeuner. Il se faisait déjà tard, elle devait être occupée ailleurs, mais c’était son moment, ce rite qui m’exaspérait autant qu’il me faisait sourire, c’est là que je la voyais lorsque je pensais à sa peau. Un rite qu’il ne fallait rompre à aucune seconde, au risque de gâcher sa journée (et la mienne, puisqu’elle s’enfermait alors dans une bulle d’acier trempé jusqu’au lendemain matin.)

Nettement, je la vois allumer le tourne disque et chantonner Boris Vian qu’elle connaît par cœur. Elle attache ses cheveux, laissant volontairement quelques mèches folles dépasser de son chignon de fortune. Puis elle enfile une robe de coton sur son corps nu. Pendant qu’elle faisait bouillir le café, je me devais d’être silencieux, Boris étant le seul homme qu’elle accepta d’entendre à ce moment. Elle préparait un festin et pouvait rester plus d’une heure à table, mettant à jour ses envies et ses doutes, remplissant son petit corps pour la journée puisqu’elle ne se nourrirait plus jusqu’au soir .

Ensuite, lorsqu’elle se lavait les mains en face de la fenêtre, souriant à la marée montante, je l’enlaçais de dos, doucement d’abord, plus fortement ensuite, jusqu’à la tenir prisonnière entre mes bras. Elle continuait de se savonner pendant que mes doigts lui caressaient la nuque et les épaules, je passais mon index le long de sa colonne vertébrale, je remontais détacher ses cheveux auburn qui tombaient doucement en boucle sur ses épaules. J’embrassais son cou, elle se retournait, m’embrassait à pleine bouche et nous faisions l’amour à même le sol.

Alors, je pouvais parler.

Le jeune homme s’est levé, ainsi que les autres. Ils m’ont serré la main.

- Bonne chance, Marin.

Mon corps se mit à trembler comme celui d’un vieillard. Qui m’appellera Marin désormais ? Quelle est mon identité ? Quel était mon véritable nom ? Et surtout, que signifie t-elle ?

Je n’ai eu qu’à retraverser la route pour qu’elle jeune couple me prenne en stop en sens inverse. La nuit tombait, elle n’allait pas pouvoir s’endormir. Il fallait que je sois là. Elle avait besoin de moi. Elle n’affronterait pas la nuit seule.

A chaque tempête, je disparaissais. Mais j’étais toujours là pour l’endormir, chaque fois repris par l’affection que je lui portais, me sentant nécessaire à sa survie.

Je suis rentrée. En pleine nuit. Trempé. J’avais évité la catastrophe.

Elle n’était pas dans les draps. Ni recroquevillée sur le canapé, attendant mon énième retour sans jamais me poser de questions. Elle n’était plus nulle part. J’ai ouvert la fenêtre. Je l’ai appelée. D’abord en hurlant, puis de plus en plus doucement, jusqu’à ce que la mer avale mes mots, que mes lèvres n’articulent qu’un silence désespéré. Je l’ai cherché des yeux, le long de la plage. A la lueur de la lune. La mer était agitée. Des éclairs rompaient le ciel. L’air me brûlait les yeux. Il allait falloir que je dorme, désormais. Seul. Si seul.

10 avril 2012

La nuit aux étoiles

Publié par loila dans Non classé

Ca ressemblait un peu à un décor de roman d’amour bidon. Y’avait la nuit noire, toute noire, au dessus de nos têtes. Y’avait ce silence tellement intidimdant. Puis les étoiles filantes, qu’on guettait comme des gosses. On planait. T’as mis des heures à m’embrasser. J’ai attendu. Patiente.

Putain. T’aurais jamais du.

4 janvier 2012

« J’aimais bien le bruit des rotors »

Publié par loila dans Non classé
    • Je n’ai pas eu disons, un parcours -habituel-

    • Habituel ? Il y a des parcours habituels ?

    • Certains plus que d’autres.

      Je ne rebondis pas comme j’aurais pu le faire habituellement face à ces phrases toutes faites tellement affligeantes. Ce n’est pas l’endroit, et ce n’est pas l’heure. En voilà une autre de belle, tiens, de phrase affligeante ; je ne suis pas tellement sûre qu’il existe un temps et un lieu pour parler sens de l’existence. Mais il est bien tard, et mes sens s’affolent. Mon regard ne quitte pas ses lèvres et son regard perdu, à la limite du vitreux. Le petit fumoir bouillonne de paroles et cris incompréhensibles, le brouillard des cigarettes m’aveugle et l’alcool commence clairement à me monter à la tête.

      J’observe sa barbe naissante et son torse remarquablement musclé. Pour le coup, c’est une heure convenable pour penser à ce genres de chose. Non ?

      Ces baisers là furent très doux, à la limite du ridicule en de telles circonstances de rencontre, où chacun connaît le mot d’ordre ; - Envoie moi en l’air -

Mais il ne s’arrêtait pas. Là où j’aurais voulu qu’il ne pense à rien, il ne pensait qu’à parler. Ses mains tremblaient d’alcoolémie, son regard fuyait le mien, et de sombres paroles coulaient de plus en plus, que je du me résoudre à écouter. Il parla d’antimilitarisme. Il parla d’Hommes. Il parla de ces kalachnikovs toutes neuves aux bras d’enfants de treize ans. Un cigare à la main.

« Tu crois que c’est du tabac ? Bien sûr que non. C’est de la drogue. Mais quand tu es face à lui, il n’y a plus personne. C’est toi ou lui. »

Cette fois là, c’est mon regard qui prit la tangente. Mes mains, mon visage, et bientôt mes jambes voulurent m’enfuir à toute vitesse. Mais il me tenait les épaules.« Tu ne veux pas entendre ça, hein ? » .Il ne bougeait pas, mais j’avais l’impression qu’il me secouait violemment ; je ressentais ses secousses jusqu’au fond de mes entrailles. Ses yeux partaient loin. Il était irrattrapable. Il devait parler. Pourquoi maintenant ? Pourquoi ici ? Pourquoi à moi ?

Cela vous prend t-il d’un coup ? Ces émotions qui doivent sortir immédiatement, exploser en plein jour afin d’éviter l’implosion de leur interlocuteur ?

Il tenait mes mains. Fermement. « J’ai un an de plus que toi. J’ai senti des choses que tu n’approchera jamais, même pas dans tes pires cauchemars. J’ai vu des choses que ton imagination la plus perverse ne pourras jamais inventer. »

J’ai secoué la tête. « Non, je ne veux pas entendre ».

Il me rattrapa. Quelques heures plus tard. Le petit jour pointait son nez, mes jambes me ramenaient maladroitement jusqu’à la maison.

-On m’a payé. Cher. Très cher. Je pourrai ne pas travailler les vingts années à venir. Tant que je ne parle pas.

Et me voilà de nouveau, serré contre ce corps d’Homme, menaçant et tellement protecteur. Je le haïssais, ce bonhomme. Je lui aurais bien foutu mon poing dans la gueule. Et je me laissais embrasser, ailleurs. Il sentait quelque chose de résolument haineux, quelque chose d’abominablement attirant. Je ne me souviens que de quelques caresses. Il m’a dit de rentrer chez moi. Il m ’a dit que j’étais belle. Étonnamment, je l’ai cru. J’aurai voulu rester dans ses bras-là.

J’ai fini par demander pourquoi il s’était engagé. J’ai senti qu’il souriait.

« Quand j’étais petit, j’aimais bien le bruit des rotors. »

 

21 décembre 2011

Tout était à sa place

Publié par loila dans Non classé

 

«Je n’me souviens de rien, et mon cœur a tout oublié – Si c’était mal, ou bien?»

Tout était à sa place. Je ne veux pas dire, rangé, tout était à sa place dans ce bordel constant.

Une cafetière sale, des pelures d’oignons collées au sol, un drap pendu à la fenêtre, les chats prenant le soleil sur les poufs tachés. Deux grands verres à Cognac vide, un cendrier embaumant l’air de la cuisine de drogue froide, le soleil entrant paresseusement par la fenêtre.

Et moi, au milieu. Essayant de retrouver ma place dans ce fourbi. Les meubles en formica, la fenêtre, une chaise haute, à même le sol. Mais ma vue s’étouffe, bientôt tout cela ne sera plus là.

Tout cela ne sera plus là dans mon environnement. Et peut-être est-ce le pire. Si demain, un Katrina détruisait cet espace qui me tient tant à cœur, je le regretterait probablement différemment.

Mais le fait est que cet endroit va continuer à exister. Va suivre son chemin, se peupler d’amis et d’inconnus, de fêtes et de cris, de silences et de passions. Avec, ou sans moi. Sans moi. Un égocentrisme armé torture mes  méninges. Va t-il garder une quelconque trace de moi? Un oubli matériel involontaire, un souvenir égaré? Et s’il reste ici un morceau de mon âme, combien de temps va t-il errer avant de se dissoudre dans l’atmosphère, et de filer anonymement par la fenêtre, poussé au suicide par l’oubli progressif de ceux qui m’entourent ?

Chaque matin, auparavant fête de mes sens et ôde à la joie d’exister, se transforme en ébullition dans mes tripes. Un jour de moins .

Faire comme si ne rien n’était. En fait, faire comme si tout était, finalement. Comme si rien n’avait changé. Comme si la vie continuait son fil habituel. Comme si le départ ne frappait pas déjà à ma porte, laissant filtrer par la serrure la peur et la tristesse alors que je me barricade.

Garder ses habitudes. Faire comme si. Si…

13 décembre 2011

Le parfum de sa peur

Publié par loila dans Non classé

Elle jetait des coups d’œil furtifs, à la dérobée. Il ne fallait pas qu’on devine son regard à l’affût, ses mains moites au fond de ses poches et ses genoux qui s’entrechoquaient à travers son jean.

Il ne fallait pas qu’on voit qu’elle le cherchait. Il ne fallait pas qu’il la voit le chercher.

Alors elle passait et repassait, l’air ailleurs, un regard indifférent s’attardant sur chaque visage de la sombre foule arpentant la gare bondée. La démarche nonchalante, la bandoulière qui scie l’épaule, et un sourire figé, au cas où il la verrait avant elle.

Elle le cherchait en se disant qu’il ne serait pas là. N’était-ce pas bien plus simple ? En tous les cas, elle avait moins peur ainsi.

Et elle continuait son chemin. Elle revint sur le quai, au cas où il l’aurait attendue au bord du train. Le petit bistro de la gare, le hall, elle décida de l’attendre à la sortie. Une cigarette pour donner le premier rôle à sa nonchalance dans une énième histoire d’attente.

Elle se retourna pour voir les trains au départ, et se demanda combien de temps il était opportun d’attendre avant de se permettre de repartir.

C’est tout ce qu’elle espérait, finalement. Que ce putain de temps défile à toute vitesse et qu’il ne soit pas là. D’aller se cacher au fond d’un wagon et que cette peur disparaisse. Que ses mains reviennent à une température convenable, que son visage retrouve ses couleurs, que son ventre se démêle de cet abominable nœud douloureux.

Une autre cigarette. Ces bouffées pour faire passer plus vite l’attente. Elles les avalait comme du petit lait, brûlant des mèches de cheveux en enclenchant son briquet, ses mains tremblantes. Le froid de novembre était déjà installé et son nez gelé rougeaud. Triste clown égaré. La nuit tombait déjà, et son cœur battait à tout rompre. Repartir, vite.

 

On n’y voyait rien, par là. A part quelques âmes s’enlaçant et se retrouvant, se jetant dans un taxi aux lumières criardes, ou quelques enfants courant sur le parking avant d’être violemment pris par le bras par quelques parents agacés. Le ciel nuageux ne laissait voir aucune étoile et les lampadaires faisaient apparaître leur lumière blafarde, projetant d’étranges ombres sur les bancs vides.

 

Il était trop tard. Elle était vue. Il l’avait vue. Sa silhouette s’approchait, mal à l’aise, les mains au fond de son blouson. Et la voilà bloquée. Que faire ? Se jeter dans les bras d’un homme après une si longue absence ? Lui sourire ? S’approcher lentement ?

Elle baissa les yeux. Alluma une énième cigarette, et fouilla au fond de son sac à dos. Faire comme si elle ne l’avait pas vu. C’était tellement plus simple ! il viendrait au contact. Elle n’aurait qu’à adapter son comportement au sien, et ne prendrai pas d’initiative qu’elle risquerait de regretter plus tard.

Le sentant près d’elle, elle releva doucement la tête, et sourit. Naturellement. Elle avait oublié son visage. Elle prit le temps de le redécouvrir avant de prononcer quelques mots inappropriés. Ses joues creusées, un peu plus. Sa barbe naissante, ce regard plein d’émotions qui l’avait tellement de fois faite s’envoler, tellement de fois faite chavirer.

Il souriait, aussi.

Cette gêne tellement connue, reconnue et expérimentée tout au long de la vie de deux êtres qui se retrouvent après tant d’absence. Est-ce que je lui plais encore ? Suis-je jolie ce soir ? Va t-il m’avouer que tout est fini ? Dois-je l’embrasser ?

Qu’est-ce que je fais ici ?

22 novembre 2011

- Tu fais quoi? J’regarde dans ma tête -*

Publié par loila dans Non classé

J’aimerais parler de cette nuit, autrefois la plus belle, avant qu’elle ne s’éteigne. (au moins reste il des braises)

Je ne voudrais pas parler de lui, même si des bribes de cicatrices s’échapperont forcément de mes écrits maladroits.

Je voudrais m’en souvenir. J’ai peur que les barrières de douleur effacent ce qui déjà part en lambeaux.

Je me sentais belle. Désirable à ses yeux. Je buvais mon verre de vin, lointaine, intouchable, presque hautaine. Je lui souriais. Je savais dans ce regard qu’il avait déjà envie de moi.

Nos corps se sont embrasés,une autre fois. Passionnément, comme jamais. Comme jamais je n’ai eu envie de me donner à quelqu’un. Son regard, ses caresses, ses sourires -toujours un peu gênés, je crois- de notre différence d’âge. Finalement si risible.

Il allume un joint, et on s’embrase. Nos corps se frôlent, s’accrochent, se griffent. Il me serre fort, si fort, que mon cœur semble s’ancrer dans le sien. L’ambiance tamisée, cette musique passionnée, on se possède sans jamais s’avoir. Ce n’est qu’un retour à l’état sauvage où le temps a disparu. 

Ma tête est au creux de son épaule, il est tendre, comme jamais il le fût. Comme si cette nuit avait tout dit. L’apogée, le début? Qui aurait pu deviner que se fût la fin. Peut-être chaque personne douée d’un iota de raison. Pas moi. Encore moins à cet instant précis. Il m’a embrassée sur le front. Nos discussions n’avaient pas de fin et j’aurais pu voir le petit jour se lever sans étonnement. J’ai pleuré, aussi. Il n’en a rien su, les ténèbres nous entourant d’une obscurité suffisante pour me cacher à lui.

Lorsque l’on s’est couchés, nous avons ri. L’euphorie, la drogue, le bien-être. De grands éclats de rire d’enfants. Mais toi, tu n’es plus un môme. Et lorsque l’enfant que tu attends sera venu au monde, j’aurai déjà disparu de ton horizon.

Je ne sais pas comment j’ai pu tellement te mettre en colère, cette colère si froide qu’elle est plus douloureuse que tout reproche, uniquement par mon calme et ma froideur du petit matin. Comment j’ai réussi à me retrouver seule dans le lit, à m’habiller dans la précipitation, l’esprit embrouillé, les yeux fatigués, les membres à vif.

A m’assoir sur ce putain de sofa crème. A fumer une cigarette. Une autre. A te voir aller et venir, partageant ma froideur, sans que tu ne sembles percevoir que je resterai inconsolable.

Un silence coupant a régné quelques minutes. Tu m’a proposé quelque chose à boire. J’ai refusé. C’est alors que tu as pris ma main, avec une douceur et attention extrême. La dureté inconnue de ce ton m’a fait lever les yeux. . «Là, je préfèrerais que tu partes.» Mais je ne t’entendais déjà plus. D’ailleurs, je ne t’ai pas regardé. Ou plutôt, je crois que c’est toi qui ne me regardais pas. Tu fixais ton clavier d’ordinateur, une cigarette à la main, ton thé brûlant dans l’autre. Je n’ai rien ressenti. Je n’ai rien dit non plus. J’ai répété ensuite mille fois les phrases qui auraient dû surgir de mes pensées folles. Mais je n’ai rien fait. J’ai tourné le doss, parcouru les deux mètres qui me séparaient de la porte et suis sortie, emportant avec moi ce silence glaçant. J’ai simplement ôté mes talons et descendu les marches le plus vite possible.

 

Je pourrais toujours dire que j’ai senti mon cœur se fendre, qu’il a explosé une fois derrière la porte, et que ces morceaux brisés m’ont faite rouler jusqu’à la sortie, où j’ai insulté le vieil homme qui a soutenu mon regard en me disant que j’étais jolie. Il n’en est rien. Je suis sortie de l’immeuble, le regard hagard. Enfumée, sans trop comprendre. Les premiers rayons de soleil de mars m’éblouissaient, et j’ai rendu son sourire au vieil homme. Je ne me suis pas écroulée. Pas encore.

 

 

 

*L’An 01

 

1 octobre 2011

« Droit devant soi, on ne peut pas aller bien loin. »

Publié par loila dans Non classé

 - Pâle septembre,
comme il est loin,
le temps du ciel sans cendres
il serait temps de s’entendre -

 

« Le fil »

 

C’était un fil. Parmis d’autres. Parmis tant d’autres. Il était d’ailleurs bien emmêlé. Tout son chemin n’était que croisements; certains le rendaient plus constistant, d’autres l’amincissaient, d’autres encore faisaient des nœuds a priori indénouables, qui bien souvent le ralentissaient dans sa course, sans pour autant l’empêcher d’avancer. A certains moments, il était plus pâle. Sa couleur vive renaissait lors de ces entremêlements passagers, ou lorsqu’un autre fil le suivait quelques temps.

Quelques liaisons lui avaient presque fait perdre tout consistance, jusqu’à ce qu’un embranchement le renforce, pour qu’il reparte de plus belle.

Ce fil d’existence ne cessait de croitre, et ceux qui l’accompagnaient tissaient, à ses côtés, une grande toile de couleur, un manteau de protection et d’épanouissement aux mille reflets.

Certains s’écartèrent de notre route pour se perdre quelques temps dans une direction contraire, jusqu’à ce qu’il reviennent s’entremêler au notre à des moments innatendus.

Le mien aussi, a goûté aux chemins écartés, où peu de fils s’aventurent, et cheminent difficilement dans les mêmes lieux, gardant une necessaire et stupide distance de sécurité propre à la solitude des heures difficiles.

 

Ce fil a fait un plein de vitamines d’une année pleine de curiosités. Beaucoup d’autres se sont aventurés sur le même sentier , et continuent à le suivre. Certains s’y sont noués pour toujours.

L’embranchement du départ vers d’autres terres l’a affaibli, cela va de soi, mais l’énergie accumulée l’a poussé vers la bonne sortie, et il réussit, peu à peu, à recréer une foule de brins multicolores autour de lui.

 

Fil d’existence? Affaibli par le doute, cordon fantômne s’immiscant dans le cœur de chaque brin loin de ses compagnons. L’accompagnement, le cheminement auprès d’autres ne permettra que de l’éloigner un certain temps, avant qu’il ne revienne, cruel et pervers, vous emparer les tripes et vous empêcher de grandir.

 

Il y a ces fils qui cheminent par deux. Par deux au milieu d’autres, et qui se renforcent l’un l’autre, tout au long de leur chemin, qui terminera ensemble, ou qui se coupera sans crier gare. Ces fils là sont fragiles, souvent réticents à se laisser accompagner de nouveau. Il y a ceux qui cheminent seuls, entremêlés à jamais. Ils me font peur, et j’espère réussir à ne passer que loin d’eux, effrayée par cette dépendance, cette condition de survie qui ne les lie que jusqu’à un instant imprévisible.

 

Ces fils nous suivant de trop près alors que l’on ne s’y attend pas, me font avancer plus vite tout en gardant une distance necessaire pour essayer de les semer. Mon fil est plein de nœuds et de blessures. Il ne s’est jamais rompu, mais est à certains endroits tellement abîmé qu’un entremelement profond avec un autre entrainerait sa rupture. Il lui faut reprendre des forces, avant de se lancer dans cette singulière entreprise de destruction mutuelle à nouveau.

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26 juin 2011

 » Es ahora o nunca, para acercarla, para percibirla… « 

Publié par loila dans Non classé

 

Y’a t-il un sens. Viens tu par hasard? Par envie? Par dépit?
Viens tu me (re)trouver?
Viens tu profiter de cette ville aux milles visages?
-Le sais tu toi même.-

Etonnant comme l’approche du retour semble me vider peu à peu de tous les bienfaits accumulés jusqu’ici. Comme cette joie et cette envie de vivre s’éfilent l’air de rien, transormant ce nouveau manteau de confiance en bouts de laine sans allure. Je m’y raccroche, je les recouds, essayant d’y croire encore.
Cette ville m’a enveloppée de son aura protectrice, de son halo de ardiesse.

Lavapies et ses façades de couleurs. Ses enfants torses nus emplissant les rues, leur sourires naïfs, son quartier de musique et de métissage. Il y a eux, il y a lui, désormais des bouts de ce que je suis restent quelque part dans ces rues, quelque part ou partout, mais quelle est la différence? Un cheveu, un sourire, une nuit trop alcoolisée.

La Latina et ses nuits passionées. Le petit appartement du 5eme étage. Ses terasses de café où tu attendait patiemment, à tous mes retards injustifiés. La latina et ces même cafés où tu me disais aurevoir. Je me levais silencieusement sans jamais savoir si je te reverrai un jour. Ce même bar où tu a oublié de me dire adieux. Cette fontaine qui restera toujours l’eau d’Almodovar. Cette grande cathédrale que je n’ai jamais pu visiter, cause de jupette trop courte ou d’épaules découvertes. La Latina et ses palmiers, ses places, ses ruelles entortillées. Ses nuits folles, ses restaurants, ce grand marché, où, t’en rapelles tu, je nous avais acheté des fraises, que nous avions sucées en profitant du naissant soleil de mai.

Et Mayor. La grande, l’impérieuse. De jour, de nuit, sobre, inconsciente. Allongée en pleine nuit écoutant l’accordéon. Entre les touristes et les puces du dimanche. Ces pavés qui ont, ô, combien de fois soulagé mes joues brûlantes d’alcool ou de chaleur.

On a goûté aux saveurs du Rastro. Et si nous le connaissions par cœur ? Chaque stand, chaque recoin, chaque musicien. Impossible. Tapas bière et fumées, regroupés, dans le silence ou noyés de mots sans queue ni tête.

Plaza de Espana, le Temple de Debod, les grands parcs del Oeste. Ces nombreuses nuits au  joli appartement du 3A, à consommer ces substances illicites qui nous font voir la nuit en arc-en-ciel. Ce barrio et ses soirées étudiantes, ces rassemblements de jeunes en quête d’avenir au bord du vestige Egyptien, un retour à l’état innocent, dansant au gré de guitares espagnoles.

El Centro. Historique, touristique? Qui sait désormais. L’un et l’autre, l’un sans l’autre, l’un dans l’autre. Ses nuits trasnocheando. Combien de fois ai-je traversé ces rues? Cents, mille, un million de fois ? Combien de gens ai-je croisé et perdu, recroisés et laissés partir ? Rencontrés ? Aimés? Quelques instants, une nuit, quelques jours ?Combien en ai-je déjà oublié ?

J’ai repensé à Fuencarral. A l’appartement d’Italiens. Et Elle, bien entendu. Mon elle. Celle qui continue de m’empêcher de me coincer entre les murs, qui me guide aveuglément.Combien de nuits, encore, à refaire le monde, à briser les frontières, à parler mille langues, entassés les uns sur les autres ? Combien de disputes, de rancoeurs, d’amours brisés dans l’oeuf ?

Combien de fêtards arpentant les rues, les places, les cafés, les bars, les boites de nuit ?

Et le 41. Le double. Deux hommes. Les insupportables! Qui te regardent d’un drôle d’air, vivent au jour le jour d’un argent tombé du ciel. Et qui feront comme moi, finalement. Briseront les barrières et m’approcheront, petit à petit, et se confieront. Confier. Confianza. Détruisant ces a priori stupides et écoeurants. Qui participeront activement au tissage de ce manteau de bien-être qui part désormais en lambeaux. Combien d’heures encore, à crier de rage, à revoir la planète, nos amours, nos doutes et nos futurs, sous le soleil de Vicalvaro, au lieu de recevoir la sainte bénédiction de nos heures de classe ?

Sol. Soleil, la Puerta. Cette place si brûlante qu’elle en est insupportable. Qui restera désormais celle des indignés. De cette tentative de leur montrer qui nous sommes. Ces semaines illégales, loin de quelconque système tyrannique. C’est l’envie, l’espoir, la rage. Ce n’est pas mort. Dans le cœur de chacun reste un souvenir, une flamme, une idée de rebellion. Ayez peur, messieurs les jurés, tout ceci finira par aboutir, dans la sang ou dans la joie, probablement les deux mêlés aux couleurs de la fête et de la désobéissance.

El barrio de las letras, ses bars snobs et musicaux. Cervantes et Lope de Vega, de longues après-midi au Prado à se perdre dans ses cuadros et interminables salles barbouillées.

Le Retiro nous attendait. Ses longues promenades, son lac , ses barques, ses grandes siestes eveillées. Ses jongleurs, ses musiciens, ses diseuses de bonne aventure. Ses longues et chaudes journées offertes à la lecture, l’écriture, le repos, la pensée ou la poésie.
Atocha, ses contrôles infinis de départs en voyage, hantée par 2004. La terasse du 7c, ces longues soirées à la française, Brel et nos doutes, notre futur qui s’entrecroisera bientôt, sa douceur extrême, ses gestes précautionneux, cette confiance qu’elle me léguait à tours de bras.

Cette période sans domicile, infante de Madrid, amante de ses rues. La rencontre inopinée de son ancien ami, pirate et révolutionnaire, intelligent et passioné, interessé et passionant. Cet accueil innatendu, le studio propret pourtant objet de tellement de vices. Ces vices qui viendront enfin, lorsque l’on ni croyait plus. L’aboutissement de semaines de désirs et d’envies frustrées.

Nous voilà revenus au bercail. Goya et ses quartiers chics. Le 131 d’une rue sans fin. Le notre. Notre bébé, ses peintures et casseroles sales. Ce qui nous unit désormais flotte, imperceptible à tous, guide invisble lorsque nous nous perdons sur les bords de l’existence.

Et puis, celui qui m’emmena faire le tour des bars rock de MalasañaMe gusta Malasaña, me gustas Tu…») à des heures impossibles, qui me fit valser au son de Doors et Dire straits, qui me soutenait en titubant, mes yeux se perdant dans ces boucles, cet amour naissant, cette protection à toute attache, alors même que nos ailes ne sont encore que plumes, le retour qui s’annonce et nos sentiments qui se perdent dans le labyrinthe de nos raisons.

(A suivre?)

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